Civic techs, la démocratie au bout des doigts

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La Civic Tech regroupe l’ensemble des technologies et innovations au service de la participation citoyenne et de la démocratie ouverte. Une technologie civique dont la finalité serait de renforcer le lien démocratique entre citoyens et gouvernements, afin de permettre, tantôt d’accroître le pouvoir des citoyens sur la vie politique, tantôt de rendre un gouvernement plus accessible et plus efficient.

Dans un système politique basé sur la démocratie représentative, la mobilisation des électeurs est l’élément qui légitime les résultats des votes. Que faire, dès lors, si la participation chute et/ou si le vote blanc atteint des niveaux historiques à chaque élection ? Considérer que les citoyens font le choix de s’auto-exclure du jeu politique et que ces gestes témoignent d’un total désintérêt pour la gouvernance publique n’est pas une analyse satisfaisante. Beaucoup d’universitaires, à l’instar d’Anne Muxel et Nathalie Dompnier, se sont intéressés au phénomène d’abstention « dans le jeu politique » (à opposer à l’abstention « hors du jeu politique ») et se sont attachés à rendre compte des malaises et frustrations démocratiques dont celui-ci témoigne.

Une dynamique numérique tente actuellement de proposer des réponses à ces frustrations. En contact quotidien avec des technologies qui ont déjà bouleversé un grand nombre de nos habitudes, il est finalement assez logique que le politique, voire la politique, s’empare de ce canal.

S’il est trop tôt pour dire si ce mouvement sera à l’origine d’une véritable disruption de la vie publique, il faut reconnaitre que ces projets permettent de réinjecter de la démocratie directe. Les Civic Tech se déploient dans trois domaines : l’empowerment démocratique, la transparence de la vie publique et la mobilisation citoyenne.

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En France, une des Civic Techshistoriques a été développée par l’association Regards Citoyens. Avec NosDéputés.fr et NosSénateurs.fr, l’association citoyenne propose depuis la fin des années 2000, des outils de suivi et de mise en valeur de l’activité de nos parlementaires.

Depuis, un grand nombre de solutions ont vu le jour. Rapide tour d’horizon :

Voxe, le comparateur de programmes en quelques clics. Lancé en 2012, Voxe a déjà « couvert » 23 élections, dans 16 pays, et éclairé près de 4 millions de citoyens avant de glisser leur enveloppe dans l’urne. En France, le site s’est impliqué dans tous les grands scrutins depuis 2012 (présidentielles, législatives, municipales, régionales).

Accropolis, le youtubeur qui va vous faire aimer la vie parlementaire. Outil de vulgarisation de la vie parlementaire d’une grande qualité, cette chaine Youtube vous propose les premiers streamings politiques français. A l’instar de ce qui se fait pour le e-sport, Jean Massiet (28 ans) revient avec pédagogie et humour sur les grandes actualités politiques françaises et commente en direct les questions au Gouvernement (traditionnellement diffusées sur France3).

Neocity, Democracy OS et Fluicity, la politique locale avec de vrais morceaux de démocratie directe dedans. Les élus peuvent s’y adresser directement à leurs administrés, les informer des projets en cours dans leur quartier, leur envoyer des notifications tout en ciblant la communication pour qu’elle soit plus efficace.

50+1 et Nation Builder, la data au service du porte-à-porte. On pouvait penser la pratique désuète, elle a été remise au goût du jour lors des dernières campagnes électorales américaines, notamment celle de Barack Obama en 2008. Des solutions basées sur l’exploitation de datas permettent d’optimiser le porte-à-porte en ciblant les hotspots et d’adapter les argumentaires des militants.

Avec une année 2017 particulièrement chargée sur le plan électoral (élections présidentielle, législatives et sénatoriales), nulle doute que le boom des Civic Techs ne fait que commencer. Reste que ce mouvement pose au moins autant de questions qu’il n’apporte de réponses. Beaucoup de gens connaissent Change.org et peuvent y voir un outil particulièrement intéressant pour se faire entendre. Mais, quelle position adopter quant à la revente des informations personnelles faite par le site ou sur l’effet immensément grossissant qu’il génère ? La pétition contre la loi Travail a recueilli plus de 1,3 million de signataires. Ce qui est très important pour une pétition en France, est très loin d’être représentatif sur le plan démocratique (moins de 2% du corps électoral).

Pour aller plus loin, vous pouvez suivre l’actualité de la Civic Tech sur CivicTechno.


Article écrit par Frédéric Geney et initialement publié sur le Guide Social Media, blog d’actualité et réflexions digitales de l’agence Wellcom.

Entreprises : affaires publiques et lobbying quelles pratiques pour quels objectifs ?

Teacher

Si les entreprises peuvent pressentir l’intérêt d’une stratégie d’influence en direction des décideurs publics, les objectifs à suivre et les pratiques associées ne sont pas toujours perçus clairement. De même, les termes d’affaires publiques et de lobbying se trouvent souvent confondus.

Essayons d’y voir plus clair…

Un premier objectif consiste à valoriser l’image de l’entreprise, générer des opinions positives
et susciter de l’engagement. Il s’agit notamment :

  • D’accroître la notoriété et l’attractivité de l’entreprise auprès des élus et des acteurs publics
    au niveau local, régional et national.
  • De construire et d’animer des partenariats avec les différents acteurs publics
    (collectivités, organismes, administrations..).
  • De faire le lien entre les attentes des élus (au niveau local et/ou national) et les chargés d’affaires de l’entreprise.

On parle alors « d’affaires publiques ».

Un deuxième objectif consiste à anticiper les évolutions réglementaires et à réagir aux décisions publiques. Ce qui suppose notamment d’organiser une veille des thèmes et des prises de position liées aux activités et aux intérêts de l’entreprise.

Il s’agit ici « d’affaires publiques et de lobbying ».

Un troisième objectif consiste enfin à défendre et à promouvoir directement les intérêts
de l’entreprise. Ce qui suppose notamment de :

  • Protéger l’environnement administratif, juridique et politique de l’entreprise.
  • Assurer la transmission des intérêts de l’entreprise auprès des décideurs publics
    dans le cadre de l’élaboration de la loi et de la réglementation.

On parle alors, au sens strict, de « lobbying ».

Pourquoi faire des affaires publiques et du lobbying ?

Teacher

  • Pour gérer l’image et la réputation auprès des acteurs publics
  • Pour infléchir ou modifier la règle du jeu législatif ou réglementaire
  • Pour créer de l’engagement en alliant intérêts professionnels et intérêt général

Quels enjeux pour les entreprises et les organisations ?

Des enjeux corporate

  • Acceptabilité de l’entreprise et de son activité
  • Réputation et notoriété de l’entreprise auprès des pouvoirs publics
  • Image de l’entreprise relativement à des problématiques d’intérêt général : emploi, social, sécurité, environnement…

Des enjeux commerciaux

  • Autorisation d’activité
  • Autorisation de produit
  • Réglementation et normes liées à un brevet, un produit ou un service.
  • Développement d’un produit ou d’un service en réponse à un besoin public

Quelques exemples d’enjeux pour différents acteurs et secteurs d’activité

  • Mettre en place une fiscalité incitative (constructeur immobilier)
  • Restaurer la réputation des acteurs financiers et devenir un partenaire de confiance (banque)
  • Optimiser les contraintes et optimiser les normes encadrant la production (industriel)
  • Défendre et promouvoir les intérêts économiques d’un secteur (fédérations professionnelles)
  • Exercer un plaidoyer efficace auprès des pouvoirs publics (association, ONG)

Affaires publiques et lobbying kézako ?

Teacher

Les termes « affaires publiques » et « lobbying » ne sont pas systématiquement distingués, particulièrement en dehors du monde anglo-saxon.

Le rapport aux décideurs, élus et pouvoirs publics, constitue un fil rouge : les « publics affairs » étant alors en amont du processus d’influence et le « lobbying » en aval.

Et concrètement ?…

Si les affaires publiques s’appliquent à la gestion de l’image et de la réputation auprès des décideurs publics ; le lobbying désigne, lui, les actions d’influence conduites par des représentants d’intérêts.

Ces deux méthodes partagent un objectif commun. Il s’agit d’intervenir dans le débat public, dans le processus de décision publique, dans l’élaboration des lois et des normes afin de transmettre des informations et faire valoir des intérêts.

Aujourd’hui, qui utilise les affaires publiques et le lobbying ?

Potentiellement, tout le monde. On pense assez rapidement aux entreprises et aux représentants d’une profession. Mais, les associations d’usagers, les organisations non gouvernementales et même les institutions publiques y ont recours. Ce sont des usages qui sont fréquemment intégrés aux stratégies opérationnelles.

Et aujourd’hui ?

Les capitales du lobbying sont Washington et Bruxelles. La pratique est pleinement intégrée (et réglementée) dans l’univers anglo-saxon et à l’échelle européenne. Alors que la profession sent encore le souffre en France…

Santé et influence : l’heure du « Fair Lobbying » est venue !

Lefred_Thouron

Nouveau scandale. Nouvelle action politique.

Médiapart révélait en mars des faits de corruption liant des laboratoires à certains membres de la Haute autorité de santé (HAS) et de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM qui a succédé à l’Afssaps). L’enjeu ? L’obtention d’un avis favorable accélérant la mise sur le marché d’un médicament.

Le 10 avril, le gouvernement faisait adopter, par amendement au projet de loi santé, l’obligation pour les experts travaillant pour les agences et autorités sanitaires publiques de déclarer toutes les rémunérations perçues dans le cadre de leur collaboration avec des acteurs privés du secteur. Sont concernés aussi bien les participations aux conférences, le consulting que les conventions organisant des travaux de recherche avec des laboratoires pharmaceutiques.

Cette exigence accrue de transparence se matérialise aussi par la création de déontologues dans les agences et par l’unification des déclarations sur le site transparence.gouv.fr.

L’objectif affiché est de mettre au jour les liens d’intérêts.
Ces liens ne sont d’ailleurs pas immédiatement des conflits. Il s’agit là d’un point essentiel : un médecin ou un expert médical ne peut exercer son métier et acquérir son « expertise » en n’ayant aucune relation avec les laboratoires. L’industrie pharmaceutique possède une connaissance de la relation patient – médicament, une maîtrise technique des produits et des process de fabrication et une puissance d’innovation qui la rendent incontournable.

La réponse à l’existence des conflits d’intérêts ne peut donc résider dans l’annulation de toutes relations entre les divers acteurs d’un secteur professionnel. Il y aurait là un fantasme de pureté intenable.

Il s’agit au contraire de régler et réguler ces relations en commençant d’abord par la mise au jour exacte de leurs tenants et de leurs aboutissants. Autrement dit, d’apprécier l’existence ou non d’un conflit d’intérêts.
C’est-à-dire l’existence d’intérêts contradictoires empêchant par exemple une mission d’intérêt général d’être conduite avec impartialité lorsqu’elle se trouve contredite par des intérêts personnels.
Ce sont d’ailleurs les éventuelles conséquences d’un conflit d’intérêt, à savoir le trafic d’influence et la prise illégale d’intérêt, qui constituent en droit français des délits.

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Le lobbying européen vu par Transparency International

Infographie synthétique du rapport de Transparency International

Infographie synthétique du rapport de Transparency International – Libération

 

Première étude évaluant les règles politiques et les pratiques de lobbying dans 19 pays européens ainsi que dans trois institutions de l’UE (Commission, Parlement, Conseil). Transparency International s’y est attelé et démontre combien le lobbying se diversifie, se complexifie et se professionnalise.

L’ONG pointe les lacunes actuelles, tout en estimant que «Le lobbying n’est pas mauvais en soi quand il permet aux groupes d’intérêts de défendre leurs vues face à des décisions qui peuvent les affecter». Transparency milite pour inscrire trois principes au cœur de la régulation : traçabilité, intégrité et équité d’accès.

Frédéric GENEY

Le lobbying, c’est toute une histoire ?

Teacher

Oui et une histoire pas si récente !

Aux Etats-Unis, le 1er amendement de la constitution garantit dès 1791 le droit des citoyens « d’adresser à l’Etat des pétitions pour obtenir réparation des torts subis ».

En 1869, alors que la Maison Blanche est partiellement détruite, le Général Grant prend ses quartiers dans un grand hôtel de Washington. Les représentants d’intérêt vont et viennent pour tenter de faire avancer leurs dossiers. Grant les reçoit dans le « lobby » (« vestibule ») de l’hôtel. D’où le surnom qu’il leur donnera : lobbyist.

Faire du lobbying signifie alors littéralement « faire antichambre », être à proximité du pouvoir, rencontrer ceux qui l’exerce, agir sur eux afin de faire valoir un point de vue, un intérêt.

Et en France ?

Là, ce fut un peu plus compliqué… En 1791, la France vote la loi Le Chapelier qui proscrit les organisations ouvrières, notamment les corporations des métiers, mais également les rassemblements paysans et ouvriers ainsi que le compagnonnage. Autrement dit, tous les corps intermédiaires (et leurs revendications) sont abolis. L’Etat est sensé détenir le monopole de l’intérêt général. Notre méfiance à l’égard du lobbying commence là et cette histoire dure encore !

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